Pendant une année universitaire toute la promotion des 3ème années de Sciences Po Rennes part à l'étranger en stage ou en université. Dans le cadre du projet des "Décloîtrés", voici un nouveau maillon de la chaîne : un Erasmus à Oslo qui vous présentera son séjour en Norvège. Bonne lecture !
Voici un petit article en complément du précédent sur la Norvège contemporaine. Il est question ici de conclure en approfondissant la page sur la Seconde Guerre mondiale et sur la responsabilité de l’Etat norvégien dans la déportation des Juifs. Alors après une petite enquête, je ne peux évidemment pas dédouaner sa responsabilité et encore moins sa culpabilité, ce n’est pas le but ici. Par contre je crois qu’il est possible d’expliquer le relatif désintérêt des Norvégiens sur cette question autrement que par un fort sentiment de culpabilité (qui néanmoins reste bien présent). En effet la population juive en Norvège a toujours été une faible minorité. Ainsi en 1940 la Norvège ne comptait que 1800 Juifs. Si certains purent s’échapper en Suède alors neutre, notamment avec l’aide de l’Eglise d’Etat, luthérienne, 760 Juifs ont été déportés et seulement 25 d’entre eux ont survécu (je suis confronté ici à une divergence sur les chiffres qui pourraient êtrede 771 déportés et 34 survivants selon une autre source). Sil’impact sur la communauté juive norvégienne est important, actuellement elle ne compte plus que 1100 membres (1500 selon la même autre source), la statistique reste bien faible contrairement aux autres pays européens, comme les 75000 victimes françaises. Il y a depuis quelques années un sursaut dans le devoir de mémoire de la déportation des Juifs. Ainsi en septembre 2008 sa majesté le Prince Héritier Haakon inaugura « The Oslo Jewish Museum ».
Après deux articles historiques, je vous propose une pause pour découvrir la beauté de la nature norvégienne. Ce weekend j'ai eu l'occasion de partir pour Sogndal, municipalité au centre ouest de la Norvège dans la province du Sogn og Fjordane. Il fallut pas loin de six heures effectives de route pour rejoindre ce coin de la Norvège pourtant situé qu'à 400 kilomètres d'Oslo. En effet la géographie ici n'est pas favorable à la construction de grandes voies à la française ou à l'allemande. Résumé détaillé de ce voyage au plus près de la nature.
En route vers Fjærland.
Nous sommes partis d'Oslo à 9h30. Seize étudiants étrangers et deux guides. Nous avons alors profité du soleil rayonnant jusqu'en début d'après-midi. La pluie nous a vite rattrappé au fur et à mesure que nous prenions un chemin septentrional. A Hemsedal nous avons pris le ferry pour rejoindre Sogndal où nous sommes arrivés vers 17h. Sogndal est située au coeur du fjord de Fjærland, un bras du plus grand ford d'Europe, long de 206km : Sognefjord. Sur le ferry la guide nosu a conseillé de ne rien laisser tomber dans l'eau. En effet la profondeur ici est de 1200 mètres et elle est maximale à 1308 mètres.
Sur le ferry à Lærdal, le Sognefjord.
Mon guide touristique décrit ces vallées comme figurant parmi les plus beaux paysages naturels au monde, je dirais qu'il n'a pas tort même si établir une classification est un exercice bien périlleux. Après cette première journée, un peu de repos avant la journée éprouvante du lendemain.
Le Jostedalsbreen, plus grand glacier du continent européen.
Le samedi nous avons visité le Glacier Museum avant de nous rapprocher en voiture d'un des monts du fjord pour en faire l'ascension. 1100 mètres d'altitude à gravir en marchant sur quatre kilomètres ce qui en soit est peu, mais ce qui devient beaucoup quand on calcule alors qu'en moyenne le pourcentage de pente est de 25% quand on sait qu'il y a des rivières à traverser et que la pluie est avec nous. Nous avons commencer à marcher en partant du niveau de la mer, car la définition même d'un fjord est d'être au niveau de la mer. Il était 11h30. Il faut avouer que cette randonnée est éreintante mais les yeux eux ont pris du plaisir. Partout il y avait quelque chose à admirer, une chute d'eau issu de la fonte d'un glacier en altitude, les nuages jouant avec les monts...
C'est vers 13h que le soleil nous a rejoint, jouant lui aussi avec les nuages. C'est à ce moment que nous avons fait une pause pour manger, au deux tiers du chemin. Alors nous pouvions déguster notre sandwich assis au mileu de la nature admirant sur notre gauche un glacier, sur notre droite des montagnes et en face de nous une superbe vue en plongée sur le Fjærlandfjord.
La vallée menant vers le fjord que l'on devine sur la droite.
La même vallée prise à 1100 mètres d'altitude au refuge. Le fjord est clairement visible.
Enfin nous poursuivons notre route vers un refuge en altitude que nous atteignons à 15H10. Là nous pouvons nous changer car la transpiration et les rivières à traverser nous y invitent... De là nous partons découvrir les abords d'un glacier, à nouveau une rivière à traverser puis une ascension à flanc de colline avant d'arriver à la crête et là... plus un mot juste le plaisir des yeux. Après un moment assis sur cette crête, nous repartons vers le refuge afin de refaire le chemin à l'envers. Et c'est vers 19h30 que nous regagnons le niveau zéro, épuisé par ces huit heures de marche.
Après l'escalade, sublime vue sur le glacier.
Après une soupe à la viande nous sommes vite allés nous coucher pour récupérer. Le dimanche devait être plus reposant. Il le fut. Mais les yeux ont encore profité. Le soleil était avec nous. Il le restera toute la journée. Nous avons pris les voitures pour nous rendre vers le Niggard Glacier, un bras du plus grand glacier d'Europe, le Jostedalsbreen, parc naturel protégé.
Le Nigardbreen ensoleillé.
Après quarante minutes de marche et d'escalade, nous avons atteint le glacier et un panorama magnifique sur le lac Nigardsbrevatnet.
Le lac Nigardsbrevatnet.
Après avoir enfilé les crampons et les harnais pour partir en cordée nous avons marché pendant deux heures sur le glacier, croisant crevasses et vues sublimes. Un endroit où l'on ne peut être sans guide. Vers 15h nous sommes repartis vers les voitures pour rejoindre Oslo où nous sommes arrivés à 23h.
Une vue de la vallée depuis le glacier.
Et pour le plaisir des yeux, une photo du fjord prise du ferry lors du retour, le soleil avec nous :
Si l'on résume l'article précédent en quelques mots car il faut admettre que le bref rappel historique n'est pas si court, la population norvégienne a souffert d'un côté du jeu des unions pendant 500 ans, mais de l'autre côté elle a connu intérieurement une certaine liberté du fait de l'absence d'une réelle aristocratie.
Après 1905, la Norvège se développe et se veut un pays neutre. Mais avec la Première Guerre mondiale cette position de neutralité n'est pas aisée à tenir quand le Royaume Uni et l'Allemagne sont les premiers partenaires commerciaux. Ce qui fait de la Norvège "l'allié neutre" du Royaume uni.
En 1939, le gouvernement norvégien envisageait de suivre la même position de neutralité. Mais c'était sans compter l'agression par l'Allemagne nazie le 9 avril 1940. La Norvège n'était pas préparer à la guerre et si le Reich perdit ce jour le Blücher dans le Fjord d'Oslo, la Norvège ne pouvait résister. Le Roi Haakon VII et le gouvernement purent s'enfuir d'Oslo. Le gouvernement et la famille royale s'exila à Londres le 7 juin 1940. La réaction de la population norvégienne est toutefois curieuse et ne se peut se comprendre qu'à la lumière de ce qui a été dit auparavant. Habituée à une sorte de soumission, la population se résigne à l'occupation allemande parce qu'elle était inéluctable. Mais en 1943, les premiers reculs nazis sont à l'origine du retournement de la population contre l'occupant, d'autant plus que la Norvège comptait alors 3 millions d'habitants et qu'elle est occupée par plus de 400 000 soldats, le rationnement est instauré. La Norvège ne sera libre qu'avec la capitulation allemande du 8 mai 1945. 93 000 Norvégiens seront jugés pour collaborations, 53 000 seront reconnus coupables de trahison et seulement 25 seront exécutés. La grande question qui peut émerger alors est : Mais qu'en fut-il de la Question Juive en Norvège ? Et là on peut sentir une gêne au sein de la population norvégienne. Au point que le livre "Norway: Society and Culture" qui me sert de base à cet article (avec le cours que je suis également intitulé "Norwegian Life and Society") omet ce point d'histoire. Alors pourquoi cette gêne ? Simplement parce que la déportation des Juifs et autres victimes du nazime fut bien réelle en Norvège et qu'elle fut le fruit de la police norvégienne, certes sous ordre du Reich... (La suite à venir)
Monument commémoratif en mémoire aux marins norvégiens morts pendant la Seconde Guerre mondiale
Comme chaque pays la Norvège a des caractéristiques qui lui sont propres. Et ici peut être plus qu’ailleurs la géographie eut une influence majeure sur l’évolution de la société norvégienne au cours des siècles.
Tout d’abord faisons un bref rappel historique de la Norvège. Parce que les positions actuelles de la Norvège, notamment vis-à-vis de l’Union Européenne ne peuvent s’expliquer sans ce rappel. Les premières traces de vie humaine en Norvège remontent à 8000 ans avant notre ère. La période Viking débute en 793 avec l’attaque du monastère de Lindisfarne en Angleterre.Mais il faut attendre la fin du IXème siècle pour que se constitue un royaume de Norvège (situé sur la côte ouest de la Norvège actuelle) sous l’impulsion du Roi Harald Haarfagre (Belle Chevelure) surnommé ainsi car il avait fait le serment de ne pas se couper les cheveux avant d’avoir accompli l’unification de la Norvège.
En 1349 la Peste Noire ravagea la Norvège qui voit alors la moitié de sa population mourir. Humainement c’est désastreux, mais économiquement c’est une aubaine. Les paysans possèdent alors plus de terre etvivent alors plus aisément. Le XIVème siècle est véritablement un tournant pour la Norvège puisqu’en 1380, le roi Håkon VI meurt sans descendance masculine. La succession revient alors à son épouse fille du roi du Danemark ce qui scelle l’Union des deux couronnes jusqu’en 1814. Pendant ces quatre siècles, la Norvège est en réalité une province danoise, le Danois est la langue officielle.
En 1814, l’Europe est en pleine guerres napoléoniennes. La Suède, la Prusse et la Russie sont alliées à l’Angleterre. Le Roi du Danemark s’allie à Napoléon et entraîne avec lui la Norvège. Mais la défaite de Napoléon entraîne la signature de la Paix de Kiel. La Suède, du côté des vainqueurs se voit remettre la Norvège en consolation de la Finlande perdue au profit de la Russie. La Norvège quitte une union pour une autre. Mais les Norvégiens s’y opposèrent et les députés unis à Eidsvoll près d’Oslo rédigèrent une Constitution approuvée le 17 mai 1814 par ce Storting (littéralement grosse – stor – assemblée – ting). Le 17 mai est désormais la Fête Nationale norvégienne.
L'assemblée constitutionnelle à Eidsvoll (Oscar Wergeland)
La Constitution moderne inspirée par les Lumières et la Constitution américaine de 1787 décrit une Norvège indépendante dès son premier article. Mais l’armée suédoise revenue du continent se masse à la frontière ;la Norvège cède et accepte que le Roi de Suède soit également Roi de Norvège.
Durant ces années la Norvège se développe économiquement mais elle est restreinte encore à une position de vassale. La particularité norvégienne est surtout sociale à cette époque. La géographie norvégienne a empêché la formation de grandes propriétés paysanne avec à leur tête un seigneur puissant contrôlant une masse paysanne à sa merci. De la sorte l’aristocratie norvégienne est très limitée et la population norvégienne n’a connu que la liberté de ce point de vue. Ainsi la Norvège est le pays des cottages mais pas le pays des châteaux. Ceci est important pour la suite de l’histoire de la Norvège.
En 1884, la Norvège, monarchie constitutionnelle, devient également une monarchie parlementaire avec l’instauration de la responsabilité du Gouvernement devant le Storting (Parlement). C’est alors que s’ouvre une période de conflit avec la Suède sur la politique extérieure. La Norvège ne pouvait alors pas statuer sur ces débats politiques. Le conflit s’envenime et la Suède menace la Norvège militairement. Mais finalement en juin 1905 après d’âpres négociations, la Suède céda en échange de la démobilisation. Beaucoup de Norvégiens étaient favorable à une république mais le Storting craignait des sanctions des puissantes monarchies européennes. Mais il fallait alors trouver un roi car la Norvège n’avait plus de famille royale. Le Storting demanda au prince danois Carl de devenir roi de Norvège ce que celui-ci accepta à condition qu’un referendum populaire l’approuve. Ne pouvant asseoir son pouvoir sur une dynastie royale, il avait ainsi la légitimité populaire (79% de vote favorable).
Håkon VII de Norvège
Le 18 novembre 1905 Carl devint alors Roi de Norvège sous le nom norvégien de Håkon VII, afin de montrer au monde que la Norvège n’accédait pas à l’indépendance, mais qu’elle y accédait de nouveau… (La suite bientôt)